”Le blues, c’est les racines, tout le reste, c’est les fruits”
- Willie Dixon
La moisson a été bonne pour J.D. Slim et il en récolte aujourd’hui ses fruits.Tels Les douze travaux d’Hercule, le guitariste vient d’apposer sa griffe sur une œuvre référentielle, ambitieuse, qui témoigne du chemin parcouru en trente ans de carrière.
Avec un peu de recul, on réalise que les chansons figurant sur ce nouvel opus sont une jubilation de hasards, de détours parfois obligés sur les routes secondaires d’Amérique et de rencontres stimulantes avec des musiciens aussi habités par la passion du rock et du blues que lui, témoins privilégiés de son évolution au Québec depuis trois décennies.
Ces hasards, J.D. Slim les a regroupés dans un seul jardin, celui de son «album blanc», ultime métaphore beatlesque reposant sur le concept du disque double avec son kaléidoscope de styles. Au final, 31 pièces au florilège autobiographique, dévoilant chacune une tranche de vie, sa vie à lui : Jean-Denis Bélanger, né à Mont-Louis en Gaspésie, mieux connu sous le pseudonyme J.D. Slim.
À Montréal, c’est le blues qu’on aime
Le disque chanté en français regroupe une horde de pointures locales qui visiblement, ne se sont pas fait prier pour immortaliser à ses côtés les seize compositions du vétéran guitariste. Au menu, le blues comme matière première et ses multiples déclinaisons : électrique, acoustique, urbain, rural, two step cajun, instrumental, pas de doute, la palette de couleur est vaste.
À la première écoute, son picking de guitare rappelle aisément celui de Chet Atkins ou Ry Cooder époque Paris Texas. Ses solos électriques sont incisifs et atteignent le plexus, son sens de la mélodie est toujours au service de la chanson. Ici, pas d’esbroufe, pas de solos interminables, tout est calibré et coule de source. Un carré d’as ? «À Montréal, c’est le blues qu’on aime», «Marianne»,«Quelle chance de vivre», et «J’aime ça quand t’es là». Du J.D. Slim authentique.
Le disque chanté en anglais offre en contrepartie des chansons construites sur des échafaudages simples, en duo ou en trio. Clairement, les quinze morceaux sont tenus à bout de bras par le jeu de guitare de J.D. Slim qui fait le grand écart entre les deux solitudes avec une facilité déconcertante. Même dans les formes les plus primitives du genre, son jeu de guitare est sophistiqué et l’intérêt ne semble jamais s’étioler. Pour dire franchement, on s’amuse comme des petits fous à l’écoute des quinze titres de ce deuxième compact. Slim redonne vie à des anciennes : «I’m On A Roll » écrite il y a quinze ans, «Car Load of Trouble» et «Leaving On A Midnight Train» co-écrite avec Jim Zeller.
"Le blues a eu un enfant et il l’a nommé Rock’n Roll"
- Muddy Waters
L’histoire pourrait sembler banale : un enfant du rock comme tant d’autre, imprégné jusqu’à la moelle de Chuck Berry, de Jimmy Reed, d’Elmore James, mais aussi de Carl Perkins et de Scotty Moore, fidèle complice d’Elvis au point d’en faire sa propre mouture, synthèse aboutie de ses influences musicales. Mais J.D. Slim a réussi beaucoup plus que cela : sa culture, sa langue, sa grande connaissance de la généalogie musicale émanant du blues et surtout sa maîtrise absolue de la guitare en font de lui un oiseau rare. Unique.
Trente ans de Gibson Les Paul, de Fender Stratocaster, de Gibson 335 et de Dobro poussiéreuse pour en arriver là, aujourd’hui, avec cet inestimable document sonore.
En musicologue averti, J.D. Slim est parvenu sur ce double compact à constituer UNE histoire du bles, il a volontairement choisi de remonter aux sources pour mieux en comprendre l’universalité et ses liens avec la musique d’aujourd’hui. Il a su déterrer avec précaution et respect les nombreuses racines de cet entrelacs musical que constitue le blues et a imprimé sa personnalité. Cette authenticité-là est palpable de la première à la dernière chanson des deux disques.
À un nouveau public de l’apprécier, surtout aux plus jeunes, fans de rock ou de hip-hop - de découvrir le blues, d’en apprécier le génie, d’en saisir l’origine et d’en comprendre les liens avec la musique qu’ils écoutent.
Les musiciens sont des passeurs. C’est ainsi que les connexions s’opèrent et que l’histoire se crée.
Claude Côté
Mars 2012
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